Study for a soap

Le processus de fabrication du savon est élaboré au cours de l’Antiquité dans la région du Levant, Alep en est alors l’une des villes principales. Suite au déclin de l’Empire Romain, le savon est réintroduit en Occident par les Croisés qui le diffusent dès le XIIe siècle.

Matière organique, fragile et malléable, Emmanuel Tussore la transforme dans une série de sculptures, d’installations, de photographies et de films. Entre ses mains, le savon d’Alep – le plus vieux savon du monde – devient le symbole d’une force brute, destructrice, à rebours du geste raffiné de l’homme civilisé. Les ruines racontent l’absence, la disparition, la perte, l’exil, et questionnent les notions fondamentales d’humanisme. En conservant la trace d’une histoire intime comme d’une mémoire collective, elles évoquent aussi la possibilité d’une reconstruction.

L’installation vidéo Study for a soap présente un savon d’Alep sculpté posé sur un plateau tournant électrique. Filmé sous différents angles par des caméras de surveillance, les images en noir et blanc du bâtiment en ruine sont retransmises en direct sur des moniteurs cathodiques érigés en tour, totem de l’architecture occidentale. Elles reprennent l’esthétique visuelle d’une guerre moderne vue d’en haut, celle des drones largement diffusée dans les medias. Submergés par ce flux, nous assistons en direct à la banalisation de la violence.